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Résultats trimestriels

Crédit Agricole : bénéfice en hausse de 18 % au troisième trimestre

La banque verte affiche un résultat net de 1,99 milliard d'euros au troisième trimestre, portée par l'assurance et l'Europe, malgré un coût du risque en hausse.

Image d'illustration — un immeuble de bureaux, le type de siège bancaire derrière les résultats du groupe Crédit Agricole.
Image d'illustration — un immeuble de bureaux, le type de siège bancaire derrière les résultats du groupe Crédit Agricole.Photo : Khara Woods / Unsplash

Crédit Agricole S.A. affiche, pour le troisième trimestre 2026, un résultat net part du groupe de 1,99 milliard d'euros, en hausse de 17,9 % sur un an, selon le communiqué publié le 30 octobre. En intégrant les caisses régionales, le groupe dans son ensemble affiche un bénéfice de 2,78 milliards d'euros sur le trimestre, en progression de 28 %. Ces chiffres confirment une tendance observée tout l'automne chez les grandes banques françaises, entre Société Générale et Crédit Agricole, portées par la diversification de leurs revenus hors crédit classique.

Le produit net bancaire tiré par l'assurance et l'Europe

Le produit net bancaire du groupe progresse de 7,5 % à 7,09 milliards d'euros sur le trimestre, une croissance plus rapide que celle des charges d'exploitation (+2,4 % à 3,93 milliards d'euros), ce qui permet au coefficient d'exploitation de s'améliorer de 2,8 points à 55,4 %. Cette discipline de coûts, dans un contexte où les taux d'intérêt pèsent moins favorablement qu'il y a deux ans sur la marge nette d'intérêt, s'explique largement par la contribution croissante des métiers de l'assurance et de la gestion d'actifs, moins consommateurs de capital que le crédit pur. Crédit Agricole Assurances revendique un chiffre d'affaires global de 12,4 milliards d'euros sur le trimestre, en hausse de 5,6 %, confirmant le rôle de pilier que joue désormais la filiale assurantielle dans les comptes du groupe.

1,99 Md€
Résultat net T3 2026, +17,9 % sur un an
7,09 Md€
Produit net bancaire du trimestre, +7,5 %
55,4 %
Coefficient d'exploitation, amélioré de 2,8 points
12,4 Md€
Chiffre d'affaires de Crédit Agricole Assurances au T3

Un coût du risque qui remonte, signal de vigilance

Le revers de cette croissance rentable tient au coût du risque, qui progresse de 19,6 % à 585 millions d'euros sur le trimestre — une hausse plus rapide que celle du résultat brut d'exploitation, qui atteint tout de même 3,16 milliards d'euros (+14,6 %). Cette remontée du coût du risque, même modérée en valeur absolue au regard de la taille du bilan, traduit une prudence accrue des banques françaises face à des portefeuilles de crédit aux entreprises et aux ménages qui restent sensibles au ralentissement conjoncturel observé en France, dont le recul du PIB au troisième trimestre a déjà donné un aperçu. Le crédit immobilier en France, de son côté, continue de ralentir, une tendance que plusieurs analystes attribuent à la prudence des ménages sur fond d'incertitude budgétaire plutôt qu'à un resserrement de l'offre bancaire elle-même.

Une accélération européenne revendiquée par la direction

Le communiqué insiste sur « l'accélération du développement en Europe » du groupe, une formule qui recouvre la poursuite de l'intégration de filiales rachetées ces dernières années dans la banque de détail et la gestion d'actifs en Italie, en Pologne et au Portugal — des marchés où Crédit Agricole cherche à répliquer le modèle mutualiste français de vente croisée entre crédit, assurance et épargne. Sur les neuf premiers mois de l'année, le résultat net part du groupe atteint 7,65 milliards d'euros, contre 6,73 milliards sur la même période en 2025, soit une progression de près de 14 % qui place Crédit Agricole S.A. en position de publier l'un de ses meilleurs exercices annuels depuis sa cotation. Reste à savoir si la remontée du coût du risque, si elle se poursuit au quatrième trimestre, viendra rogner cette dynamique au moment où le groupe prépare ses prochains objectifs stratégiques.

Un modèle mutualiste qui profite de sa taille

Ce qui distingue Crédit Agricole de la plupart de ses concurrents européens, c'est la structure même du groupe : les caisses régionales, qui détiennent indirectement Crédit Agricole S.A. via SAS Rue La Boétie, permettent une remontée de capital qui limite le besoin de lever des fonds propres sur les marchés, à l'inverse de banques purement actionnariales. Cette architecture, souvent critiquée pour sa complexité de gouvernance, s'avère payante en période de taux incertains : elle donne au groupe une capacité d'absorption des chocs de crédit supérieure à sa taille apparente, et explique en partie pourquoi les agences de notation continuent de valoriser sa signature parmi les meilleures d'Europe continentale. La diversification géographique, avec des positions fortes en Italie via Crédit Agricole Italia et une présence croissante en Pologne, complète ce modèle en réduisant la dépendance au seul marché français, où la demande de crédit reste atone.

Les marchés financiers suivront la trajectoire du risque

Pour les investisseurs, la question qui domine désormais n'est plus la capacité du groupe à générer du résultat — les neuf premiers mois de l'année l'ont démontré avec une hausse de résultat net proche de 14 % — mais sa capacité à contenir la dégradation progressive de la qualité de ses actifs dans un contexte macroéconomique français fragile. Les analystes financiers qui suivent la valeur scrutent en particulier l'évolution du taux de créances douteuses dans les portefeuilles aux petites et moyennes entreprises, segment le plus exposé à un ralentissement de la demande intérieure. Si le groupe parvient à maintenir son coefficient d'exploitation sous la barre des 56 % tout en absorbant cette hausse du coût du risque, cette publication trimestrielle pourrait marquer un point haut temporaire plutôt qu'un sommet suivi d'un retournement, un scénario que la direction devra confirmer lors de la publication des comptes annuels, début 2027.