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Le Groupe Bobet rachète Revillet, fabricant lyonnais de stockinettes bouchères

L'équipementier agroalimentaire Bobet intègre la PME rhodanienne Revillet, avec l'objectif de doubler son chiffre d'affaires d'ici 2030.

Image d'illustration — un atelier de production textile, avec une machine à broder en action.
Image d'illustration — un atelier de production textile, avec une machine à broder en action.Photo : Agto Nugroho / Unsplash

Une PME familiale de six salariés qui change de propriétaire sans changer d'adresse : c'est le scénario discret qui vient de se jouer dans le Rhône. Depuis le 1er septembre 2026, Revillet, fabricant de stockinettes et de filets pour la maturation de la viande de bœuf installé à Dommartin, est détenu à 100 % par le Groupe Bobet, équipementier agroalimentaire basé dans la Loire. L'opération illustre un mouvement plus large de concentration chez les fournisseurs d'équipements de protection, où les grands groupes internalisent des savoir-faire qu'ils achetaient jusqu'ici à des sous-traitants spécialisés.

Une PME centenaire… presque

Fondée en 1948, Revillet produit chaque année environ 150 tonnes de stockinettes et filets textiles, utilisés par les industriels de la viande pour protéger et faire maturer leurs pièces de bœuf. L'entreprise s'est aussi diversifiée vers les équipements anti-coupure, avec plus de 200 000 gants et tabliers fabriqués annuellement. Un savoir-faire textile de niche, resté local depuis trois générations, que ses deux dirigeants Christophe et Émilie Bruyère ont choisi de céder plutôt que de transmettre en l'état.

Le choix du repreneur n'est pas anodin : le Groupe Bobet n'est pas un concurrent direct, mais un client. Fournisseur d'équipements pour l'industrie agroalimentaire, le groupe stéphanois achetait jusqu'à présent une partie de sa gamme textile auprès de fabricants extérieurs, dont Revillet. En l'intégrant, Bobet internalise une compétence qu'il ne maîtrisait pas en interne, plutôt que de simplement racheter des parts de marché.

Manulatex aux commandes, Dommartin préservé

Opérationnellement, Revillet passe sous la direction de Manulatex, une autre filiale du Groupe Bobet spécialisée dans les équipements de protection contre les risques de perforation. Le rapprochement associe ainsi les technologies anti-perforation de Manulatex aux savoir-faire textiles anti-coupure développés à Dommartin — deux approches complémentaires de la protection des mains et des avant-bras, un segment où la réglementation impose des normes strictes aux fabricants d'équipements de protection individuelle.

Le groupe a pris soin de communiquer sur le maintien du site rhodanien, du nom Revillet et des six emplois actuels. « Revillet dispose d'un véritable savoir-faire textile, développé et maintenu dans le Rhône depuis plusieurs générations. Notre objectif consiste à préserver cette compétence et son ancrage local, tout en offrant à l'entreprise de nouvelles perspectives de développement », a déclaré Jérôme Bobet, président du Groupe Bobet, cité par Lyon Entreprises. Les anciens dirigeants doivent accompagner la transition pendant plusieurs mois, une clause de transition classique dans ce type d'opération de taille modeste.

2 M€
Chiffre d'affaires actuel de Revillet
4 M€
Objectif de chiffre d'affaires visé par le Groupe Bobet d'ici 2030
150 t
Production annuelle de stockinettes et filets textiles
200 000
Gants et tabliers anti-coupure fabriqués chaque année

Le levier de la force commerciale du groupe

Le pari du Groupe Bobet repose moins sur une synergie industrielle immédiate que sur l'accès à une force commerciale bien plus large. Revillet continuera de travailler directement avec ses grands clients historiques de l'agroalimentaire — Bigard, Charal, Socopa, Cooperl, LDC, AgroMousquetaires ou Elivia — mais ses produits seront désormais aussi portés par les 44 commerciaux de Bobet Matériel, tandis que le développement à l'export des gants et tabliers sera confié au réseau international du groupe.

Cette bascule d'échelle est significative : le Groupe Bobet a réalisé 99 millions d'euros de chiffre d'affaires consolidé en 2025, emploie 445 personnes dans le monde — dont 340 en France — et distribue ses équipements dans 80 pays, avec des filiales au Brésil, en Hongrie et au Portugal. Pour une PME de 2 millions d'euros de chiffre d'affaires, l'accès à un tel réseau peut faire une différence substantielle, à condition que la demande export pour des produits aussi spécifiques que des stockinettes bouchères existe réellement au-delà du marché français.

Une consolidation sectorielle qui se poursuit

L'opération Revillet n'est pas isolée. Le secteur des équipements de protection individuelle pour l'agroalimentaire et l'industrie connaît depuis plusieurs mois une vague de rapprochements entre PME familiales et groupes de taille intermédiaire cherchant à élargir leurs gammes sans tout développer en interne. D'autres rachats industriels régionaux suivent une logique comparable : préserver l'emploi local et le savoir-faire technique d'une PME, tout en lui donnant accès à une force commerciale et un réseau de distribution dont elle ne disposait pas seule.

Pour les six salariés de Dommartin, le changement d'actionnaire ne modifie pas l'immédiat : la production continue sur place, sous le même nom. La vraie question se posera dans les prochaines années, lorsque le Groupe Bobet devra démontrer que doubler le chiffre d'affaires d'une PME textile de niche, sans objectif de recrutement chiffré à ce stade, est réalisable sans diluer le savoir-faire qui a justifié l'acquisition.