Décryptage · Économie
Livret A : la collecte repasse à peine dans le vert en juillet, à 80 millions d'euros
Après six mois de décollecte, le Livret A affiche +80 M€ en juillet 2026. Un rebond minuscule, alors que le LDDS et le LEP restent, eux, dans le rouge.

Il aura fallu attendre six mois pour que l'aiguille repasse du bon côté. En juillet 2026, le Livret A a enregistré une collecte nette positive de 80 millions d'euros, selon les données publiées par la Caisse des dépôts et consignations. C'est peu — dérisoire, même, au regard de l'histoire du placement préféré des Français — mais c'est la première fois depuis janvier que les dépôts l'emportent sur les retraits. Un rebond de façade qui masque une réalité plus contrastée : les deux autres grands livrets réglementés, eux, restent dans le rouge.
Un rebond minuscule au regard de l'historique
Quatre-vingts millions d'euros de collecte nette, cela ne pèse presque rien face aux 443,80 milliards d'euros d'encours que totalise désormais le Livret A. Pour prendre la mesure du chiffre, il suffit de le comparer à la moyenne des dix derniers mois de juillet, autour de 1,34 milliard d'euros, ou au record de 2,64 milliards atteint en juillet 2022. Le mois de juillet est traditionnellement porteur pour l'épargne réglementée — versement des primes, arbitrages de milieu d'année — et ce cru 2026 fait donc figure d'exception basse.
Le solde moyen par livret s'établit à 7 651,72 euros, un niveau qui témoigne d'un produit largement utilisé comme matelas de précaution plus que comme véritable support de placement. À ce plancher de rémunération, le Livret A ne cherche pas à faire fructifier l'épargne : il la met à l'abri.
Le taux à 1,7 % n'explique pas tout
La tentation serait d'attribuer ce retour dans le vert au relèvement du taux. Depuis le 1er août 2026, le Livret A rémunère à 1,7 %, contre 1,5 % auparavant — une hausse dont nous avons détaillé les effets concrets pour l'épargne dans un précédent article. Mais cette revalorisation n'était pas encore en vigueur en juillet : elle ne peut donc avoir joué qu'à la marge, par anticipation.
La Caisse des dépôts pointe elle-même une autre cause. Selon ses données, « la très légère hausse de taux du livret A » n'explique pas à elle seule cette collecte positive, davantage liée à « la fin de nombreuses offres promotionnelles sur les livrets bancaires ». Autrement dit, ce n'est pas tant le Livret A qui redevient attractif que ses concurrents bancaires qui le deviennent moins : les taux boostés proposés en début d'année par les banques en ligne pour capter l'épargne sont arrivés à échéance, ramenant une partie des flux vers le placement d'État.
LDDS et LEP toujours dans le rouge
Le tableau d'ensemble reste terne. Le Livret de développement durable et solidaire (LDDS) a subi une décollecte de 30 millions d'euros en juillet, ramenant son encours à 164,60 milliards d'euros. Cumulé au Livret A, l'encours de l'épargne réglementée grand public atteint 608,4 milliards d'euros.
Plus préoccupant, le Livret d'épargne populaire (LEP) — réservé aux ménages modestes et le mieux rémunéré des trois — a enregistré une décollecte de 90 millions d'euros sur le mois, portant à 480 millions la ponction nette depuis janvier 2026. Son encours s'établit à 83,4 milliards d'euros, pour un solde moyen de 6 529 euros par livret. Cette érosion continue interroge : soit les ménages éligibles puisent dans leur épargne de précaution pour boucler leurs fins de mois, soit ils la redéploient ailleurs. Dans un contexte de remontée du chômage et d'un moral des ménages qui peine à se redresser, la première hypothèse mérite attention.
Ce que la collecte dit de l'économie
Les flux de l'épargne réglementée sont un thermomètre discret mais fiable de la confiance des ménages. Une collecte atone signale un arbitrage prudent : on ne se désendette pas massivement, mais on n'accumule pas non plus. La faiblesse de juillet, conjuguée à la décollecte persistante du LEP, dessine une France qui gère au plus juste plutôt qu'elle n'épargne par excès de précaution.
L'enjeu dépasse la seule sphère domestique. Une partie des encours du Livret A et du LDDS finance, via la Caisse des dépôts, le logement social et les collectivités locales. Une collecte durablement faible réduit mécaniquement la ressource disponible pour ces missions, au moment même où les besoins en logement abordable et en investissement local restent criants. Le rebond de juillet, aussi ténu soit-il, sera donc scruté dans les prochains mois : s'il se confirme et s'amplifie avec l'effet plein du taux à 1,7 %, il pourrait desserrer un peu la contrainte. S'il reste à ce niveau symbolique, il ne changera rien à la donne.
Méthode — Source principale : données de collecte de juillet 2026 publiées par la Caisse des dépôts et consignations (CDC), relayées et détaillées par FranceTransactions et le Cercle de l'Épargne — consultées le 25 août 2026.