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Chômage : le taux remonte à 8,3 % au deuxième trimestre, au plus haut depuis 2020

L'INSEE recense 8,3 % de chômeurs au deuxième trimestre 2026, soit 2,7 millions de personnes. Un plus haut depuis fin 2020, tiré par les jeunes.

Image d'illustration — emploi et chômage
Image d'illustration — emploi et chômagePhoto : Adolfo Félix / Unsplash

Le marché du travail français décroche. Au deuxième trimestre 2026, le taux de chômage au sens du Bureau international du travail (BIT) s'établit à 8,3 % de la population active, en hausse de 0,2 point sur le trimestre et de 0,7 point sur un an, selon les données publiées par l'INSEE. C'est le niveau le plus élevé depuis le troisième trimestre 2020, lorsque l'économie sortait à peine du choc sanitaire. La France compte désormais 2,7 millions de chômeurs, soit 62 000 de plus qu'au trimestre précédent et 261 000 de plus qu'un an plus tôt.

La dégradation n'est plus un simple frémissement statistique : elle s'inscrit dans une séquence de conjoncture atone que confirment, semaine après semaine, les indicateurs de la Banque de France comme les enquêtes sectorielles. Après un rebond du PIB de 0,2 % au deuxième trimestre, la croissance ne suffit manifestement pas à créer les emplois nécessaires pour absorber la population active.

Les jeunes en première ligne

La hausse touche toutes les classes d'âge, mais elle frappe d'abord les moins de 25 ans. Leur taux de chômage grimpe à 21,6 %, en hausse de 0,4 point sur le trimestre et de 2,5 points sur un an — une accélération deux fois plus rapide que pour l'ensemble de la population. Chez les 25-49 ans, cœur du marché du travail, le taux atteint 7,5 % (+0,2 point sur le trimestre). Les 50 ans et plus, longtemps relativement épargnés, voient leur taux progresser à 5,5 % (+0,3 point).

Cette poussée du chômage des jeunes est un signal d'alerte classique de retournement : en phase de ralentissement, les entreprises gèlent d'abord les embauches et ne renouvellent pas les contrats courts, dont les jeunes sont surreprésentés. L'essoufflement des recrutements dans l'industrie, déjà documenté cet été, participe du même mouvement.

8,3 %
Taux de chômage au T2 2026 (au sens du BIT)
2,7 M
Nombre de chômeurs, soit +261 000 sur un an
21,6 %
Taux de chômage des 15-24 ans

L'emploi recule, l'activité aussi

Au-delà du chômage, ce sont les grands agrégats du marché du travail qui se replient. Le taux d'emploi des 15-64 ans perd 0,3 point, à 69,0 %, tandis que le taux d'activité — qui mesure la part de la population en emploi ou en recherche active — recule de 0,1 point, à 75,4 %. Autrement dit, la hausse du chômage ne s'explique pas par un afflux de personnes revenant sur le marché du travail : elle traduit bien une destruction nette de dynamique d'emploi.

Le chômage de longue durée, souvent le plus difficile à résorber, progresse lui aussi. Il concerne désormais 2,1 % de la population active, soit 671 000 personnes, en hausse de 0,1 point sur le trimestre. Le halo autour du chômage — ces personnes qui souhaitent travailler sans être comptabilisées comme chômeuses, faute de recherche active ou de disponibilité immédiate — reste stable à 1,9 million de personnes. Un réservoir de sous-emploi qui, ajouté aux chômeurs officiels, dessine une réalité du marché du travail sensiblement plus tendue que le seul taux de 8,3 %.

Un signal de plus pour une économie sous pression

La remontée du chômage vient s'ajouter à une liste d'indicateurs orientés au rouge : défaillances d'entreprises à un niveau record, investissement prudent, consommation contrainte par une inflation qui repart via l'énergie. Le contraste est saisissant avec la santé des grands groupes cotés, dont les bénéfices ont bondi de 34 % au premier semestre : l'économie française avance à deux vitesses, entre des champions mondialisés qui engrangent et un tissu domestique qui cale.

Pour le gouvernement, la donnée est politiquement sensible. La baisse du chômage avait été l'un des marqueurs de la décennie écoulée ; son inversion nourrit le débat sur l'efficacité des réformes de l'assurance chômage et sur les moyens de France Travail, alors que les inscriptions en catégories A, B et C dépassent désormais 5,8 millions de personnes.

Ce qu'il faut surveiller

Les prochains mois seront décisifs. La Banque de France table sur une croissance de seulement 0,2 % au troisième trimestre et une progression annuelle 2026 comprise entre 0,5 % et 0,7 %, un rythme insuffisant pour enrayer la montée du chômage. Sans accélération de l'activité — improbable à court terme compte tenu du contexte budgétaire et des tensions sur la dette souveraine, avec une OAT à 10 ans autour de 4,1 % — le taux de chômage pourrait continuer de dériver au second semestre.

Deux points de vigilance en particulier : la trajectoire de l'emploi des jeunes, thermomètre avancé du cycle, et l'évolution du chômage de longue durée, qui pèse durablement sur les finances publiques et le potentiel de croissance. Si ces deux courbes ne s'infléchissent pas, le seuil symbolique des 8,5 % pourrait être en vue d'ici la fin de l'année.