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Pernod Ricard boit la tasse : ventes en repli de 3,9 %, bénéfice net en chute de 26 %
Le numéro deux mondial des spiritueux publie un exercice 2025-2026 en fort recul, plombé par la Chine et les États-Unis, mais maintient son dividende à 4,70 euros.

L'année de transition promise par Pernod Ricard s'est muée en année de purge. Le numéro deux mondial des vins et spiritueux a dévoilé jeudi 27 août des résultats annuels en net repli pour l'exercice clos fin juin 2026 : un chiffre d'affaires de 9,404 milliards d'euros, en baisse organique de 3,9 %, et surtout un bénéfice net part du groupe amputé de plus d'un quart. Le propriétaire de Chivas, Absolut, Ricard et Mumm paie au prix fort le retournement simultané de ses deux plus gros marchés, la Chine et les États-Unis, dans un environnement alourdi par les droits de douane américains et un dollar défavorable. Le détail figure dans le communiqué de résultats annuels FY26 publié par le groupe.
Deux marchés clés qui décrochent en même temps
Le cœur du problème tient en deux chiffres. En Chine, les ventes se sont effondrées de 19 % sur l'exercice, victimes d'une consommation atone et de mesures réglementaires qui pèsent directement sur la demande de cognac et de scotch haut de gamme, deux segments où le groupe est surexposé. Aux États-Unis, premier marché mondial des spiritueux, le recul organique atteint 14 %, conséquence des ajustements de stocks des distributeurs et d'un consommateur qui lève le pied.
Ce double décrochage a un effet mécanique dévastateur : ce sont précisément les marchés les plus rentables du portefeuille qui se contractent. À l'inverse, le reste du monde, tiré par l'Inde devenue un pilier de croissance, a continué de progresser — sans suffire à compenser. La géographie des ventes de Pernod Ricard, longtemps un atout, s'est retournée contre lui le temps d'un cycle.
Un bénéfice sous pression, une rentabilité qui s'effrite
Au-delà du chiffre d'affaires, c'est la chaîne de rentabilité tout entière qui se tend. Le résultat opérationnel courant recule de 5,2 % en organique, à 2,423 milliards d'euros : la marge se dégrade, signe que la baisse des volumes n'a pas pu être entièrement absorbée par les économies de coûts. Le résultat net part du groupe, lui, tombe à 1,203 milliard d'euros, en chute de 26 %, plombé en plus par des effets de change négatifs liés à la faiblesse du dollar et par la facture des tarifs douaniers américains sur les spiritueux importés.
La seule vraie éclaircie vient de la trésorerie. Le flux de trésorerie disponible progresse de 6 %, à 1,197 milliard d'euros, fruit d'une gestion serrée du besoin en fonds de roulement et d'un coup de frein sur les investissements. Cette discipline est la contrepartie logique d'un exercice difficile : quand les ventes ralentissent, Pernod Ricard préserve son cash. C'est aussi ce qui lui permet de tenir sa promesse aux actionnaires.
Le pari du dividende maintenu
Car malgré la chute du bénéfice, le conseil d'administration propose un dividende stable de 4,70 euros par action. Le message est assumé : le groupe entend rassurer un actionnariat éprouvé par deux années de sous-performance boursière et un titre parmi les plus délaissés du CAC 40. À ce niveau de cours, le rendement flirte avec les 7 %, l'un des plus élevés de l'indice parisien.
Ce choix n'est pas sans risque. Avec un ratio dette nette sur excédent brut d'exploitation qui grimpe à 3,7 fois, l'endettement se tend nettement, à mesure que le dénominateur — les profits — se contracte. Maintenir un dividende quasi intégral quand le bénéfice fond d'un quart revient à distribuer une part croissante de résultats en baisse. La stratégie mise sur un rebond rapide ; si la reprise tarde, la question de la soutenabilité finira par se poser.
Une prévision prudente pour 2026-2027
Pour l'exercice qui s'ouvre, la direction se garde de tout optimisme excessif. Elle table sur des ventes organiques « globalement stables sur l'ensemble de l'année, dans un environnement contrasté et incertain » : autrement dit, la poursuite du repli aux États-Unis et en Chine devrait être compensée, à peine, par la dynamique du reste du monde et de l'Inde. Aucune promesse de retour à la croissance franche, donc, mais un pari sur la stabilisation.
Ce scénario suppose que deux inconnues majeures ne se dégradent pas davantage : la politique tarifaire américaine, qui reste le principal facteur exogène pesant sur les marges, et le climat de consommation chinois, dont la faiblesse est autant conjoncturelle que réglementaire. Pour un groupe habitué à afficher des ambitions de croissance moyen terme, ce discours de prudence marque un changement de ton. Après avoir bondi de 34 % au premier semestre, les bénéfices du CAC 40 masquent en réalité de fortes disparités : Pernod Ricard illustre, à lui seul, le camp des vaincus de cette saison de résultats. La maison de spiritueux joue désormais sa crédibilité sur sa capacité à transformer l'année de transition en année de rebond.