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Défaillances d'entreprises : la France dépasse les 70 700 procédures sur un an

La Banque de France recense 70 766 défaillances d'entreprises sur douze mois à fin août 2026, en hausse de 4,8 % sur un an malgré une quasi-stabilité mensuelle.

Image d'illustration — la devanture fermée d'un ancien commerce de centre-ville.
Image d'illustration — la devanture fermée d'un ancien commerce de centre-ville.Photo : Philipp Potocnik / Unsplash

Le signal est contrasté : stable d'un mois sur l'autre, mais toujours en nette hausse sur un an. Selon les données provisoires de la Banque de France relayées le 9 octobre, le nombre de défaillances d'entreprises cumulé sur douze mois a atteint 70 766 à fin août 2026, soit une progression de seulement 0,1 % sur un mois — mais de 4,8 % sur un an, avec 3 242 procédures collectives supplémentaires par rapport à août 2025. Un chiffre qui confirme que le tissu productif français reste sous tension, loin derrière les niveaux observés avant la pandémie de Covid-19.

Une stabilisation mensuelle qui ne dit pas tout

Le mois précédent, en juillet, le cumul sur douze mois s'élevait à 70 692 défaillances, en légère baisse de 0,2 % sur un mois. La photographie d'août confirme donc une forme de plateau statistique mois après mois, après plusieurs trimestres de hausse continue. Mais ce plateau se situe à un niveau élevé : la moyenne pré-pandémique, entre 2010 et 2019, se situait autour de 59 300 défaillances annuelles — soit près de 20 % en dessous du niveau actuel.

Cette trajectoire s'explique en partie par un effet de rattrapage statistique. Après un fort ralentissement des défaillances pendant la période Covid (2020-2022), lié aux aides publiques massives et aux reports de charges accordés aux entreprises, la Banque de France observe depuis plusieurs mois un phénomène de normalisation brutale : les procédures qui auraient dû intervenir plus tôt se concentrent désormais, gonflant les compteurs annuels sans que cela traduise nécessairement une dégradation soudaine de la conjoncture du mois concerné.

70 766
Défaillances d'entreprises cumulées sur 12 mois à fin août 2026
+4,8 %
Évolution sur un an
+0,1 %
Évolution sur un mois (quasi-stabilité)
59 300
Moyenne annuelle pré-pandémique (2010-2019), pour comparaison

Un contexte macroéconomique qui n'aide pas

Cette publication intervient dans un climat économique déjà dégradé. L'Insee a abaissé début octobre sa prévision de croissance pour la France en 2026 à 0,4 %, contre 0,7 % anticipé en juin — un niveau parmi les plus faibles depuis 2012 hors période Covid. Une croissance atone limite mécaniquement la capacité des entreprises fragiles à redresser leur activité, et pèse sur la trésorerie des PME les plus exposées à la demande intérieure.

La Banque de France elle-même a exprimé des inquiétudes sur la capacité de certaines entreprises à rembourser leur dette, dans un contexte de taux qui restent plus élevés qu'avant 2022 malgré les baisses engagées par la Banque centrale européenne. Les secteurs les plus touchés par les procédures collectives restent, selon les publications mensuelles de l'institution, la construction, le commerce de détail et une partie de l'agroalimentaire, confrontés simultanément à une demande atone et à des coûts d'intrants qui n'ont pas totalement reflué.

Des disparités régionales marquées

Les chiffres nationaux masquent des situations locales très inégales. Dans le Rhône par exemple, les chambres de commerce ont recensé 728 défaillances d'entreprises au deuxième trimestre 2026 à elles seules, un niveau qui illustre la concentration géographique du phénomène dans les bassins industriels et commerciaux denses. Cette hétérogénéité territoriale complique toute lecture univoque de la statistique nationale : une amélioration dans une région peut masquer une dégradation continue dans une autre.

Une procédure collective, pas toujours une faillite sèche

Il convient de nuancer ce que recouvre la notion de « défaillance » dans la comptabilité de la Banque de France : elle englobe l'ensemble des procédures collectives — sauvegarde, redressement judiciaire et liquidation judiciaire — et pas seulement les liquidations pures et simples qui mettent fin à l'activité d'une entreprise. Une part de ces procédures se solde par un redressement réussi ou une reprise partielle de l'activité, notamment via des plans de cession comme celui qui a permis à plusieurs PME industrielles de changer de main sans disparaître.

Reste que l'ampleur cumulée du phénomène — plus de 70 000 procédures par an, un niveau resté obstinément supérieur à la normale pré-Covid depuis plusieurs années — traduit une fragilité structurelle d'une partie du tissu entrepreneurial français, que la prochaine publication mensuelle de la Banque de France, attendue début novembre pour les données de septembre, permettra de confirmer ou d'infirmer.

Pour les créanciers, les salariés et les repreneurs potentiels, cette statistique mensuelle reste l'un des rares indicateurs avancés, publiés avec peu de délai, de la santé réelle du tissu productif français — bien plus réactif que les enquêtes de conjoncture trimestrielles, mais aussi plus sujet à des effets de calendrier judiciaire qui peuvent brouiller la lecture d'un mois isolé.