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Fibre Excellence : une offre de reprise à 90 millions d'euros déposée pour sauver Saint-Gaudens
La Région Occitanie et Soprema ont déposé le 24 août une offre de reprise à 90 M€ pour l'usine de pâte à papier. Le tribunal de Toulouse tranchera le 8 septembre.

L'échéance redoutée est devenue un rendez-vous d'espoir. À la date limite du 24 août, une offre de reprise a bel et bien été déposée pour l'usine Fibre Excellence de Saint-Gaudens (Haute-Garonne), dernier site français de production de pâte à papier vierge. Portée par l'Agence régionale des investissements stratégiques (ARIS), le bras armé de la Région Occitanie, et associée au groupe alsacien Soprema ainsi qu'à plusieurs industriels privés, elle s'articule autour d'un plan d'investissement de 90 millions d'euros. Le tribunal de commerce de Toulouse l'examinera le 8 septembre. Pour les 270 salariés, le sursis arraché fin juillet débouche enfin sur un projet concret — sans garantie, pour autant, qu'il l'emporte.
Une offre publique-privée à 90 millions
Le montage tranche avec les scénarios habituels de reprise industrielle. Ici, ce n'est pas un repreneur unique qui se présente, mais un attelage où la puissance publique régionale joue le rôle de pivot. L'ARIS a officiellement déposé l'offre auprès du tribunal de commerce de Toulouse, en assemblant autour d'elle Soprema — pressenti de longue date, comme nous l'écrivions dans notre suivi du 20 août — et « plusieurs partenaires industriels privés » non détaillés à ce stade. Le plan mobilise 90 millions d'euros d'investissement.
Carole Delga, présidente de la Région Occitanie, a qualifié le business plan de « réaliste ». Le choix du mot n'est pas anodin dans un dossier où le tribunal avait jugé le site « dans une situation irrémédiablement compromise et sans perspective de redressement ». Démontrer le réalisme du projet, c'est précisément répondre à l'argument qui, jusqu'ici, poussait la justice vers la liquidation. La Région engage ici son crédit politique autant que ses moyens financiers, dans la lignée d'une stratégie d'intervention directe au capital d'entreprises jugées stratégiques pour le tissu industriel régional.
Pourquoi la puissance publique monte au front
Le recours à une agence régionale d'investissement en dit long sur la difficulté du dossier. Une usine de pâte à papier est un actif capitalistique, énergivore et dépendant d'un approvisionnement en bois régulier. Aucun industriel n'a voulu — ou pu — reprendre seul Saint-Gaudens à des conditions de marché. Il a fallu que la collectivité apporte sa garantie et co-construise le tour de table pour rendre l'opération finançable. C'est l'aveu, en creux, que la filière papetière française ne trouve plus de repreneurs spontanés sans béquille publique.
L'intérêt stratégique, lui, est réel. La disparition de Saint-Gaudens signerait la fin de la production intégrée de pâte à papier vierge sur le territoire national, contraignant les transformateurs français à importer un intrant que le site fabrique aujourd'hui localement. À l'heure où le discours sur la souveraineté industrielle domine le débat public, laisser filer le dernier maillon d'une chaîne serait un symbole coûteux. Soprema y trouve aussi un intérêt propre : la pâte de cellulose entre dans la composition de matériaux d'isolation, cœur de métier du groupe alsacien, qui sécuriserait ainsi une partie de ses approvisionnements en amont.
Ce qui se joue le 8 septembre
Rien n'est acquis. Le tribunal jugera sur pièces le 8 septembre, en audience à huis clos : solidité des garanties de financement, engagements sur le maintien des effectifs, crédibilité du plan de charge pour l'activité pâte à papier. Le sort de Saint-Gaudens se lit aussi à l'aune de celui de l'autre site historique du groupe, à Tarascon (Bouches-du-Rhône), orienté vers la liquidation après le rejet d'une offre concurrente : un site sacrifié, l'autre en balance. Une reprise partielle, avec suppressions de postes à la clé, reste une issue possible — c'est fréquemment le dénouement des dossiers industriels de cette ampleur. Et en l'absence d'offre jugée sérieuse, la liquidation demeure l'hypothèse par défaut, avec une décision qui pourrait tomber dès la mi-septembre.
Le dépôt de cette offre publique-privée change néanmoins la donne par rapport à il y a un mois. Fibre Excellence n'est plus un site condamné qui attend son arrêt de mort, mais un actif pour lequel une collectivité et des industriels acceptent d'engager 90 millions d'euros. Reste à convaincre les juges que ce pari est tenable. Le cas s'ajoute à une série de dossiers industriels — de Cycles Lapierre au record de défaillances qui frappe l'économie française en 2026 — où l'avenir des usines se décide désormais dans les prétoires autant que dans les carnets de commandes.
Méthode — Sources principales : dépôt de l'offre de reprise auprès du tribunal de commerce de Toulouse, communication de la Région Occitanie et déclarations de Carole Delga rapportées par la presse régionale — consultées le 25 août 2026. En suivi de notre article du 20 août.