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Épargne : l'appétit des ménages bat un record en août, mais les livrets décrochent

Le climat de l'épargne atteint 125 en août selon l'INSEE, un record. Pourtant Livret A, LDDS et LEP décollectent : le paradoxe de l'épargnant français.

Image d'illustration — épargne des ménages
Image d'illustration — épargne des ménagesPhoto : Ibrahim Boran / Unsplash

Jamais les Français n'ont autant jugé le moment venu de mettre de l'argent de côté, et jamais leurs livrets réglementés ne les ont autant boudés. L'enquête mensuelle de conjoncture auprès des ménages publiée par l'INSEE fin août fait ressortir un solde d'opinion de 47 sur l'opportunité d'épargner, un maximum historique très au-dessus de sa moyenne de longue période, établie à 19. Dans le même temps, la collecte du Livret A s'est effondrée à 80 millions d'euros en juillet. Le décalage entre l'intention affichée et les flux réels dessine le portrait d'un épargnant prudent, mais qui ne place plus son argent là où on l'attend.

Un climat de l'épargne à un sommet historique

L'indicateur synthétique de climat de l'épargne calculé par l'INSEE atteint 125 en août, en progression, quand la confiance générale des ménages reste scotchée à 86, bien en dessous de sa moyenne de long terme fixée à 100 par construction. Autrement dit, les Français se sentent moroses sur l'économie mais convaincus qu'il faut épargner. Le solde d'opinion sur la capacité d'épargne actuelle s'établit à 20, celui sur la capacité future à 18 : les ménages estiment avoir les moyens de mettre de côté, et comptent continuer.

Ce réflexe de précaution se nourrit d'un climat anxiogène. Le chômage est remonté à 8,3 % au deuxième trimestre, au plus haut depuis 2020, et les défaillances d'entreprises battent des records. Face à l'incertitude sur l'emploi et sur la trajectoire budgétaire du pays, l'épargne de précaution redevient un réflexe de masse. Rien de neuf sous le soleil français : la théorie économique appelle cela l'épargne de précaution, et elle grimpe mécaniquement quand l'horizon se brouille.

125
Indice INSEE du climat de l'épargne en août 2026, un record
47
Solde d'opinion sur l'opportunité d'épargner (moyenne longue : 19)
80 M€
Collecte du Livret A en juillet 2026

Le grand écart avec la collecte réelle

Voilà pour l'intention. Les chiffres de collecte, eux, racontent une tout autre histoire. Selon les données de la Banque de France et de la Caisse des dépôts, le Livret A n'a engrangé que 80 millions d'euros nets en juillet, très loin de sa moyenne décennale supérieure à 1,3 milliard d'euros pour ce mois. Le Livret de développement durable et solidaire (LDDS) a même viré au rouge, avec une trentaine de millions d'euros de sorties nettes. Quant au Livret d'épargne populaire (LEP), réservé aux revenus modestes, il enchaîne sa cinquième décollecte mensuelle consécutive.

Comment expliquer que des ménages persuadés qu'il faut épargner désertent précisément les produits d'épargne les plus populaires ? La réponse tient en un mot : rendement. Le taux du Livret A est tombé à 1,70 % le 1er août, tandis que l'inflation s'est raffermie à 2,1 % sur un an en juillet. Résultat, le rendement réel du produit d'épargne préféré des Français est repassé en territoire négatif : l'argent qui y dort perd du pouvoir d'achat. Pour beaucoup d'épargnants avertis, l'équation ne tient plus.

Où va l'argent des Français

L'épargne ne s'est pas évaporée, elle s'est réorientée. Les flux fuient les livrets courts pour rejoindre des supports jugés plus rémunérateurs ou plus adaptés à un horizon long. L'assurance-vie et l'épargne retraite captent l'essentiel de cette bascule : sur le seul premier trimestre 2026, elles ont drainé 13,4 milliards d'euros de collecte nette, quand les livrets réglementés accusaient dans le même temps 10,4 milliards d'euros de retraits.

Ce mouvement traduit une maturité nouvelle de l'épargnant français, longtemps caricaturé en amateur de placements sans risque et sans rendement. Confronté à un Livret A qui ne protège plus contre l'inflation, il arbitre. La contrepartie est double : cette réorientation vers l'assurance-vie en unités de compte ou les fonds actions expose davantage les ménages aux soubresauts des marchés ; et surtout, elle assèche la ressource du Livret A, dont une large part finance le logement social via la Caisse des dépôts. Moins de collecte, c'est à terme moins de capacité de prêt pour les bailleurs sociaux, à un moment où la construction en a cruellement besoin.

Ce qu'il faut surveiller

La prochaine révision du taux du Livret A, attendue au 1er février 2027, sera scrutée de près : si l'inflation reflue vers la cible de 2 %, la formule de calcul pourrait maintenir un taux proche de l'actuel, prolongeant le désamour. À l'inverse, une inflation qui s'installerait durablement au-dessus de 2 % rendrait le produit encore moins attractif en termes réels. Pour l'État et la Caisse des dépôts, l'enjeu n'est pas mince : préserver l'attractivité d'un placement qui reste l'un des piliers du financement de l'intérêt général, sans peser sur des finances publiques déjà sous la surveillance des agences de notation avant la revue de Fitch attendue le 28 août.

L'appétit d'épargne, lui, ne devrait pas se démentir de sitôt. Tant que l'emploi et le budget resteront des sources d'inquiétude, les ménages continueront de mettre de côté. La vraie question, pour la place financière comme pour les pouvoirs publics, est de savoir vers quels produits ils dirigeront cette manne — et à quel prix pour le financement de l'économie réelle.